L'église de Chantenay (Sarthe 72)

Origine de l’église et des chapelles de Chantenay


La place de l'église et de la mairie
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Une église existait déjà à Chantenay au XI°s. S’agissait-il de la Chapelle Notre-Dame d’Entre les Eaux, sous le vocable de Sainte Anne, antérieure à l’église paroissiale de Chantenay ? La fondation de cette chapelle, à la présentation de l’évêque du Mans, est attribuée à Jeanne de la Barre, propriétaire de Thomasin, fief le plus ancien de la paroisse. Des sépultures paraissent avoir eu lieu dans son intérieur et autour d’elle ; Pesche prétend que le cimetière attenant à cette chapelle, dit le « petit », (par rapport à celui du haut bourg en face du porche de l’église), était le lieu de sépulture des seigneurs de Thomasin, mais aussi le cimetière primitif de Chantenay.
Ménage, dans son « Histoire de Sablé » affirme que le seigneur de Thomasin fonda le prieuré de Chantenay qui fut distinct, avec sa propre chapelle Saint-Martin, de l’église (celle-ci ne fut d’ailleurs pas aliénée à la Révolution à l’inverse du prieuré). La seigneurie propre de Chantenay devait être attaché au manoir de la Grande Maison (un procès, de 1756 à 1760, qui donna lieu à des mémoires passablement scandaleux, débouta Mr de Pontôme (qui obtint ses lettres de noblesse en 1764). un précédent procès concernant la seigneurie et droits de l’église de Chantenay eu lieu entre Guillaume de Bastard et Guillaume Le Gendre, seigneur de Thomasin au bénéfice de G. de Bastard par arrêt du 27 juillet 1629), époux de Mlle de Guesne de Thomasin, de ses prétentions à la seigneurie de Chantenay (et au premier banc dans l’église) et rétabli dans ses droits René Hardouin de la Girouardière, seigneur de Chantenay, de Coudreuse, ….)
Les seigneurs de Chantenay ont du être les fondateurs et constructeurs de la Chapelle, dite du « grand » cimetière. En 1371, une certaine Thiéphaine de Chantenay était abbesse de l’abbaye d’Estival en Charnie, fondée en 1109.
Ce qui semble acquis est que le prieuré de Chantenay a vu le jour grâce à la famille de Thomasin qui céda aux Bénédictins de la Couture, au XII°s. (1170) les dîmes féodales dont elle jouissait. Les moines quittèrent le prieuré de Chantenay en 1412 en nommant un vicaire perpétuel, prêtre séculier, avec partage des dîmes. La paroisse, quant à elle, faisait construire, à la même époque, le presbytère pour son clergé.

Extérieur

Semble austère avec des murs élevés, une clocher massif à la naissance du sanctuaire, de grandes fenêtres romanes sans décoration à l’exception d’un mince tore continu à peine visible.
Le portail de la nef semble de peu postérieur à la construction du chœur et de l’abside. La manière est différente de celle des chapiteaux. Le travail est soigné. Il est formé d’une triple voussure en semi ogive surmonté d’une archivolte, orné d’un décor très sobre de denticules et zigzags. Deux colonnes à chapiteaux romans de chaque côté.
Devant la façade occidentale ont été dressés deux couvercles de sarcophage dont l’un est orné d’une grande croix pattée.

Intérieur

Le chœur est composé d’une grande travée sous le clocher auquel fait suite une abside semi circulaire augmenté d’une courte section droite. La date MCVIII ne semble correspondre à rien, la construction est vraisemblablement postérieure, probablement placé là au XVII°s en relation avec la date d’une charte concernant le prieuré.
Deux magnifiques arcs en tiers-point délimitent la travée droite sous le clocher ; ils retombent côté nef sur une simple colonne engagée sur dosseret et côté abside (sanctuaire) sur un faisceau de colonnes ornant une demi pile cruciforme. La voûte est domicale et repose sur huit nervures profilées en boudin, de type angevin, sans clé à leur point de jonction. Les chapiteaux à décor floral stylisé sont vigoureusement dessinés ; ils sont d’une grande sobriété, mais d’une facture soignée. L’un des groupes forme une frise continue (entre le sanctuaire et la travée du chœur).
La voûte du sanctuaire, qui ne comporte pas de clé, est supportée par sept nervures profilées en boudin retombant sur des consoles ornées de figures ou de larges fleurs, à l’exception des trois qui soutiennent la courte partie droite de l’abside au voisinage de l’arc délimitant la travée du chœur.
Les grandes fenêtres à ébrasure profonde sont soulignées par un tore continu.
Les voûtes ont travaillé, probablement du fait de l’absence de contreforts suffisamment puissants, et un grand nombre d’arcs sont déformés, ce qui enlève quelque chose à la perfection de l’ensemble très harmonieux et homogène.
L’ensemble de l’œuvre doit remonter au troisième quart du XII° s, il est à rapprocher, aux dimensions prés, des voûtes angevines de la nef de la Couture au Mans. On n’est pas non plus très éloigné de la manière de Pirmil (à six kilomètres)
Le niveau du chœur a été rehaussé de 3 marches (au XX°s ?), les colonnes n’ont plus de base.
Au fond de la nef le grand fenestrage qui surmonte le portail pourrait être de la fin du XIII°s. il est composé de quatre formes dont les deux du centre sont jumelées, couronnées de tri lobes ; la partie supérieure est formée par trois roses, celle du centre a cette particularité que les pointes des lobes sont réunies par une seconde rose concentrique.
La nef n’était pas pourvue initialement de bas-côtés. Celui de gauche a été ajouté au XVI°s, les piliers et chapiteaux sont de cette époque. Le bas-côté droit a été ajouté en 1852 par suppression de l’espace entre le prieuré et l’église et de la chapelle Saint-Martin du prieuré. Le travail a été très bien exécuté, car il n’y a pas de rupture de style dans l’édifice ; les arcs latéraux sont portés par de fortes colonnes à chapiteaux plats dont les tailloirs ont une forte saillie.

Les statues

Dans le chœur, Saint Jean-Baptiste et Saint-Julien en terre cuite, peints récemment. Une statue en terre cuite d’une sainte (Ste Madeleine ?) installée à cet emplacement en 2008 (classée I.S. en 1987). Statue du Christ en croix, suspendu à la voûte, retrouvé en 1948 dans le grenier du presbytère, c’est une très belle œuvre du XV° ou XVI° encore gothique dans sa conception (classé I.S. en 1981). On ignore quels furent les sculpteurs, mais la famille Delabarre était originaire de Chantenay. *
Dans la nef : Ste Anne avec la petite Notre-Dame, éducation de la Vierge, en terre cuite XVII°, coiffée d’une sorte de capuche légère posée sur le voile noué sous le menton ; ce genre de coiffure est assez peu répandu dans la statuaire ; la main gauche est posée sur le dos de la Vierge (classé I.S. en 1976). Au fond du bas côté droit St René (aurait été évêque d’Angers, son culte s’est développé grâce au Roi René). Au-dessus de l’autel gauche de la nef, se trouve une statue de la Vierge à l’enfant en terre cuite peinte du XVII° (classé M.H. en 1978). Les deux pierres funéraires devant les autels de la Vierge et de Saint Sébastien classées I.S. en 1987.

Un Gervais Delabarre était procureur de fabrique de Chantenay en août 1475. Le plus célèbre est Gervais Iier sculpteur. Il construisit deux autels qui encadraient le grand autel de l’église St Serge à Angers. Etablit au Mans, paroisse St Vincent, il est connu pour ses travaux dans la cathédrale. Dionise était son oncle, il sculpta avec lui la Vierge de Parigné l’Evêque.

Les autels

L’autel majeur, en marbre noir de Sablé, est du XVIII°s, d’un modèle de style romain assez courant dans la région avec sa croix de Malte (voir l’ancien autel de la Chapelle du Chêne et celui de l’abbaye de Solesmes aujourd’hui dans la crypte)
Les deux autels latéraux, en marbre, sont de même type, mais si la structure est incontestablement du XVIII°, bien que les tabernacles soient du XIX°, on peut se demander s’ils ne sont pas du début du XIX°, construits dans la tradition antérieur à la Révolution.

Les vitraux

Une rénovation du chœur a été effectuée en 1894-1898. A cette occasion les vitraux du chœur auraient été offerts par la famille d’Andigné et, pour un, par celle des de Cailleau. Ils représentent la vie du Christ et celle de la Vierge.
Le vitrail en haut du bas-côté droit a été offert par la famille Landry au cours des années 1950.
La grande verrière du fond de la nef représente le couronnement de la Vierge.

Les cloches


Les 3 nouvelles cloches fondues
par la maison Louis Bollée à Orléans.
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C’est en mai 1582, en pleine guerre de religion que furent refondues les 3 cloches bénites par Maître Pierre de la Becquanne, curé de Chantenay. La plus grosse fut baptisée « Gilette » par Mlle Gilette Chevalier, épouse de Jehan de Marcille, sieur de Launay et René de Bastard et Georges de Préaux. La moyenne est appelée « Jehanne » par Mlle de Rabestan, épouse de Monsieur de Thomasin et par sieur de Launay. La petite est appelée « Renée » de par Pierre de la Becquanne et René de Bastard et Mlle Catherine de Salainne, femme de Monsieur de Poysiers.
Les cloches sonnèrent le glas pour les cinq paroissiens, Pierre Chanteloup, Pierre Ménage, Pierre Dupont, François le Bossé et Mathurin Le Roy qui, en mars 1596, furent tués lors de la prise de Coudreuse par les réformés.
Le 5 mars 1622, il fallut refondre la moyenne cloche qui fut bénite par Robert Rousson, curé de Chantenay , et nommée « Marie » par Guillaume de Bastard, sieur de la Paragère et par demoiselle Hardouin Daudigny, femme de Jean Charbonnier, sieur des Baignolais.
En 1711, on fit appel à F. Chauvel pour les refondre. La grosse et la petite furent nommées « Jean-Baptiste », « Charlotte, Angélique » et eurent pour parrain et marraine Jean-Baptiste de la Rivière et Charlotte Angélique de la Saugère épouse de René de Hardouin, seigneur de céans, de Coudreuse. La moyenne, « Renée Philippe , Anne Marguerite » de par Philippe René de Hardouin et Anne Marguerite de Thomasin, épouse de Pierre Henri de Ghaisne, seigneur de Chassé, René Beauclair étant curé de Chantenay.
En 1780 il fallut refondre la seconde et la troisième cloche. Le 9 juillet marché fut conclu avec Pierre Chauchard, fondeur lorrain, pour ces deux cloches qui doivent être d’ « accord » avec la grosse. L’ouvrage est installé dans le cimetière près de l’église. Le 4 septembre 1780 on baptise les deux cloches « Renée » et « Charlotte » de par Armand rené François d’Hardouin de la Girouardière, seigneur de Chantenay et Marie Charlotte Barrin de la Galissonnière, épouse de Baptiste de Bastard, de Fontenay, seigneur de Dobert. M. Dufay étant curé de Fontenay et J. Le Marié curé d’Avoise.
En 1790 est ajouté une petite cloche timbre de l’horloge.
Le 21 juillet 1793, deux cloches, la seconde et la troisième, sont descendues pour être fondues. Les sonneries religieuses sont interdites, ce qui provoqua un mécontentement général et il semble que la cloche restante continua à sonner l’Angélus le matin à midi et le soir, renseignant sur les heures de travaux.
Chantenay ne gardera qu’une seule cloche jusqu’en 1947, bien que l’on ait restauré l’église au XIX° (Saint pierre des Bois en avait 4, Fercé 3, Pirmil, Fontenay, Asnières, Saint Christophe, Chevillé 2). Le conseil de fabrique et l’abbé Bouchereau, curé de Chantenay, décident en 1947 de doter le clocher de deux nouvelles cloches et de faire refondre, car fêlée, celle qui sonne depuis 1711.
Le dimanche 31 août 1947 furent baptisées les trois nouvelles cloches qui ont été fondues par la maison Louis Bollée à Orléans. La plus grosse, « Marie » en l’honneur de la Vierge, porte les armes de sa Sainteté Pie XII et de Mgr Grente, les parrain et marraine sont Auguste Forget et Fernande Nouet. La moyenne, « Thérèse » en l’honneur de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, porte les mêmes armes, de par Yves Rochard et Huguette Noury.
La petite, « Cécile » en hommage à Cécile Bruyère, abbesse fondatrice de Sainte Cécile de Solesmes, porte les mêmes armes plus celles du Père Abbé de Solesmes et celles de la Mère abbesse Cécile Bruyère, parrain Camille Jamin, marraine Marguerite Gasselin. Ces trois cloches furent bénites par Mgr Grente et le Père Abbé de Solesmes. Georges Bouchereau étant curé de Chantenay et Paul Nouet maire.

L’église « Temple de la Raison »

A la Révolution l’église, qui n’avait pas été aliénée et restait donc propriété de la commune, est transformée en Temple de la Raison et tout signe particulier du culte en est enlevé. Chaque décade, l’agent municipal doit, après avoir sonné la cloche, convier la municipalité, les fonctionnaires et le peuple ; on y exalte la foi républicaine et les bienfaits du régime nouveau et on donne lecture des Lois et Décrets. Au Temple de la Raison, choisi non comme tel, mais comme lieu vaste et commode, on y célèbre aussi les fêtes nationales, le 14 juillet, le 10 août, le 21 janvier et celles de l’An III, de la jeunesse, des époux, de la reconnaissance de l’agriculture, de la liberté, des vieillards.
L’interdiction de sonner les cloches pour les cérémonies et offices du culte dura jusqu’en mars 1804. En avril 1803 (11 germinal an X) le Sous-préfet de la Flèche rappelle aux maires la loi du 22 germinal an IV qui interdit cette utilisation des cloches et menace qu’en cas de contravention « il fera enlever les battants des cloches et que les sonneurs seront arrêtés sur le champ ».

Quelques dates

  • 1660 – mise en place des lambris de la nef en sapin (Jacques Egosse).
  • 1662 – Joseph Foucault refait les vitraux et Ysambert peint un tableau de Saint Sébastien ( ?)
  • 1775 – pose des bancs
  • 1788 – pose des bancs bas côté gauche
  • 1789 – voûte du bas côté gauche
  • 1846 – projet d’agrandissement de la sacristie soumis au Préfet pour autorisation. La fabrique prend en charge la dépense (415.53 fr.).
  • Années 1950 – réfection de la voûte de la nef.